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Retour au sport en football : trois étapes, pas une date

Lundi, le joueur reprend l’entraînement collectif. Pour lui, la blessure est derrière. Pour le consensus de Berne, il est encore dans la première de trois étapes, et les chiffres du football professionnel montrent que la suite compte autant.

Par Nicolas Rossi, masseur-kinésithérapeute diplômé d’État, neuf saisons en club de football. Publié le 5 octobre 2026. Lecture : 8 min.

Un footballeur vu de dos, ballon sous le bras, seul sur un terrain dans le brouillard du matin.

Trois étapes, pas une date

Réunis à Berne en novembre 2015, 17 cliniciens experts ont élaboré un consensus sur le retour au sport, publié en 2016 (Ardern et al., 2016). Ils le décrivent comme un continuum, mené en parallèle de la récupération et de la rééducation, avec une progression graduelle fondée sur des critères.

Le consensus distingue trois étapes :

  • le retour à la participation : le sportif participe à la rééducation, à l’entraînement, adapté ou complet, ou à son sport, mais en dessous de son objectif. Il n’est pas encore prêt, sur le plan médical, physique ou psychologique ;
  • le retour au sport : il a repris son sport, sans atteindre le niveau de performance qu’il vise ;
  • le retour à la performance : il joue à son niveau d’avant la blessure, ou au-dessus.

Le retour au sport, étape par étape

  1. Blessure

  2. Critères

    Retour à la participation

    Rééducation, entraînement ou jeu, en dessous de son objectif.

  3. Critères

    Retour au sport

    Il a repris son sport, sans atteindre le niveau visé.

  4. Critères

    Retour à la performance

    Il joue à son niveau d’avant la blessure, ou au-dessus.

Étapes du consensus de Berne, qui recommande une décision partagée. Dans nos formations, le médecin décide, le kiné l’éclaire, le joueur y est associé. Source : Ardern et al., Br J Sports Med, 2016

L’objectif se définit au départ : le sport, et le niveau de pratique que le sportif veut retrouver. Rejouer le dimanche en district et enchaîner deux matchs par semaine en championnat professionnel ne demandent pas la même préparation.

Ce que chaque étape représente en football

Le consensus de Berne vaut pour tous les sports. Le football a précisé ses propres jalons : en 2023, l’extension pour le football du consensus du CIO sur le recueil des blessures décrit un parcours qui va de la blessure à l’entraînement collectif complet, puis au match, puis à la performance d’avant la blessure (Waldén et al., 2023). Elle fixe la date de retour au premier entraînement collectif complet, sans modification de durée ni d’exercices.

Les étapes de Berne et leurs repères en football
ÉtapeRepère en footballExemple chiffré
Retour à la participationLe joueur s’entraîne, d’abord à part ou de façon adaptée, jusqu’à l’entraînement collectif complet, sans restrictionAprès une ligamentoplastie du LCA : 6,6 mois en médiane avant le retour à l’entraînement (Waldén et al., 2016)
Retour au sportLe premier matchAprès une ligamentoplastie : 7,4 mois en médiane avant le premier match (Waldén et al., 2016). Au premier match après au moins 8 jours d’absence : un taux de blessure 1,87 fois celui des matchs de la saison (Bengtsson et al., 2020)
Retour à la performanceLe niveau de jeu, le temps de jeu, les données de courseTrois ans après le retour, 65 % des joueurs opérés d’une rupture complète du LCA jouaient au même niveau (Waldén et al., 2016). Cinq ans après l’opération, 60 % (Della Villa et al., 2021)

Faire correspondre les étapes de Berne à ces jalons est une lecture, pas une règle écrite. Elle aide à nommer l’étape où se trouve le joueur, dans le dossier comme dans le vestiaire.

Retour à la participation : des délais à lire comme des repères

Sur 16 saisons, 22 942 blessures ont été analysées dans 116 équipes professionnelles européennes ; 62 % venaient de l’étude des clubs d’élite de l’UEFA (Ekstrand et al., 2020). L’absence y est comptée jusqu’au jour où l’équipe médicale autorise le joueur à reprendre une participation complète. En médiane, elle était de 13 jours pour une lésion structurelle des ischio-jambiers, du quadriceps ou du mollet, de 5 jours pour une lésion « fonctionnelle » des ischio-jambiers, et de 205 jours pour une rupture du LCA.

Après une lésion structurelle des ischio-jambiers, le taux de récidive, même lésion au même endroit, était de 17,5 %, et la récidive éloignait le joueur 15 jours en médiane. Les auteurs précisent que ces délais ne valent que dans le meilleur des cas ; à un niveau inférieur, l’absence peut être plus longue. Ce sont des repères pour le pronostic, pas un critère de reprise fondé sur le temps.

Pour les ischio-jambiers, un consensus d’experts définit le retour au jeu comme un feu vert médical fondé sur des critères, avec un joueur prêt mentalement à être pleinement disponible pour un match ou l’entraînement complet (van der Horst et al., 2017). Les critères et les tests sont détaillés dans notre article sur les ischio-jambiers.

Retour au sport : le premier match

Sur 16 saisons de football professionnel masculin, 4 805 premiers matchs joués après une absence d’au moins 8 jours ont été étudiés (Bengtsson et al., 2020). Le taux de blessure y était de 46,9 pour 1 000 heures de match, contre 25,0 en moyenne sur la saison : 87 % de plus.

Chaque séance d’entraînement faite entre le retour et ce premier match était associée à une baisse de 7 % de la cote de blessure (rapport de cotes de 0,93), et de 13 % pour les lésions musculaires (0,87). Le lien n’apparaissait pas pour les autres blessures. C’est une association, observée sur une cohorte : elle ne dit pas combien de séances suffisent.

Le premier match n’est donc pas la fin du retour. C’est une étape à préparer, avec des séances collectives complètes avant d’y aller.

Retour à la performance : l’étape la plus longue

Dans 78 clubs professionnels européens, 157 lésions du LCA ont été recensées en 15 ans (Waldén et al., 2016). Après la ligamentoplastie, le retour à l’entraînement a pris 6,6 mois en médiane, et le premier match 7,4 mois. Trois ans après le retour, 85,8 % des joueurs suivis jouaient encore au football. Mais seuls 65 % des joueurs opérés d’une rupture complète jouaient au même niveau.

Une analyse plus récente a suivi 118 joueurs après leur ligamentoplastie (Della Villa et al., 2021). Sur un suivi médian de 4,3 ans, 21 secondes lésions du LCA sont survenues après le retour à l’entraînement, chez 20 joueurs : un taux de 17,8 %, dont 9,3 % sur le même genou et 8,5 % sur l’autre. Cinq ans après l’opération, 60 % jouaient encore à leur niveau d’avant la blessure.

La performance se mesure aussi en course. Dans l’équipe réserve et les équipes U18 et U19 d’un club espagnol d’élite, 234 lésions des ischio-jambiers et du quadriceps ont été suivies sur cinq saisons, avec les données GPS des cinq semaines d’avant et d’après (Guitart et al., 2026). Après une lésion sévère des ischio-jambiers, la course à haute vitesse était plus faible la première semaine après le retour. La vitesse maximale était inférieure de 1,43 km/h la première semaine, et restait plus basse à la fin des cinq semaines de suivi.

Après la reprise : récidive ou aggravation

Le consensus de Berne ne propose pas de protocole de suivi après la reprise. Il rappelle que la décision de retour peut être inversée en décision de retrait, et demande des évaluations régulières et une révision des objectifs (Ardern et al., 2016).

Le consensus du CIO sur le recueil des blessures distingue deux cas quand un sportif se blesse à nouveau au même endroit et au même tissu (Bahr et al., 2020). Si la première blessure était guérie, c’est une récidive. Si elle ne l’était pas encore, c’est une aggravation. Guéri veut dire pleinement disponible pour l’entraînement et la compétition. L’extension pour le football reprend cette distinction et demande de compter le délai en jours (Waldén et al., 2023).

Noter la différence n’est pas un détail administratif. Une aggravation signale une blessure qui n’était pas guérie. Une récidive survient sur une blessure guérie, et pose d’autres questions, sur la prévention ou la charge.

Qui décide, à chaque étape

Le consensus de Berne recommande que la décision soit partagée entre tous les acteurs, sauf en cas de risque pour la santé du sportif (Ardern et al., 2016). Il recommande aussi :

  • une batterie de tests qui reproduisent les éléments réactifs du sport et ses prises de décision ;
  • une évaluation de la préparation psychologique, par exemple avec les échelles ACL-RSI ou I-PRRS ;
  • une progression de la charge, qu’il présente comme un élément clé de la rééducation et de la décision.

Sur ce dernier point, le consensus cite le ratio de charge aiguë sur chronique. Depuis, une analyse critique a conclu qu’aucune preuve ne soutient son usage dans la gestion de la charge (Impellizzeri et al., 2020). Le principe d’une charge progressive reste ; l’outil se discute.

Le partage des rôles, entre le médecin qui décide, le kiné qui éclaire et le joueur qui y est associé, est détaillé dans notre article sur la décision de retour au jeu.

Ce que ces données ne disent pas

Le consensus de Berne repose sur l’avis de 17 experts, et ses auteurs le reconnaissent : les preuves pour guider la décision de retour au sport sont rares. Il n’existe pas non plus de mesure standard de la performance : niveau de jeu, minutes jouées et données GPS ne se comparent pas.

Les chiffres de l’UEFA viennent du football professionnel masculin européen. Ils ne valent pas tels quels pour une joueuse, un jeune ou un club amateur. L’étude sur les données GPS porte sur un seul club, et uniquement sur son équipe réserve et ses équipes U18 et U19, dont les âges moyens allaient de 16,6 à 20,9 ans.

Sur le terrain

  • Fixer l’objectif avec le joueur dès le début : le sport, le niveau, l’échéance.
  • Nommer l’étape où il se trouve, participation, sport ou performance, et la dire de la même façon au médecin, au joueur et au staff.
  • Définir des critères pour passer d’une étape à l’autre, pas seulement des dates.
  • Prévoir des séances collectives complètes entre le retour et le premier match.
  • Après le premier match, continuer à mesurer : vitesse maximale, course à haute vitesse, ressenti du joueur.
  • Pour toute nouvelle blessure au même endroit et de même type, noter s’il s’agit d’une récidive ou d’une aggravation, avec son délai en jours.

Le joueur qui reprend l’entraînement collectif n’a pas fini son retour. Il en est encore à la première étape.

Sources

  1. Waldén M, Hägglund M, Magnusson H, Ekstrand J. ACL injuries in men’s professional football: a 15-year prospective study on time trends and return-to-play rates reveals only 65% of players still play at the top level 3 years after ACL rupture. Br J Sports Med, 2016;50(12):744-750. doi.org/10.1136/bjsports-2015-095952
  2. Bengtsson H, Ekstrand J, Waldén M, Hägglund M. Few training sessions between return to play and first match appearance are associated with an increased propensity for injury: a prospective cohort study of male professional football players during 16 consecutive seasons. Br J Sports Med, 2020;54(7):427-432. doi.org/10.1136/bjsports-2019-100655
  3. Della Villa F, Hägglund M, Della Villa S, Ekstrand J, Waldén M. High rate of second ACL injury following ACL reconstruction in male professional footballers: an updated longitudinal analysis from 118 players in the UEFA Elite Club Injury Study. Br J Sports Med, 2021;55(23):1350-1356. doi.org/10.1136/bjsports-2020-103555
  4. Ardern CL, Glasgow P, Schneiders A, et al. 2016 Consensus statement on return to sport from the First World Congress in Sports Physical Therapy, Bern. Br J Sports Med, 2016;50(14):853-864. doi.org/10.1136/bjsports-2016-096278
  5. Waldén M, Mountjoy M, McCall A, et al. Football-specific extension of the IOC consensus statement: methods for recording and reporting of epidemiological data on injury and illness in sport 2020. Br J Sports Med, 2023;57(21):1341-1350. doi.org/10.1136/bjsports-2022-106405
  6. Ekstrand J, Krutsch W, Spreco A, et al. Time before return to play for the most common injuries in professional football: a 16-year follow-up of the UEFA Elite Club Injury Study. Br J Sports Med, 2020;54(7):421-426. doi.org/10.1136/bjsports-2019-100666
  7. van der Horst N, Backx FJG, Goedhart EA, Huisstede BMA, et al. Return to play after hamstring injuries in football (soccer): a worldwide Delphi procedure regarding definition, medical criteria and decision-making. Br J Sports Med, 2017;51(22):1583-1591. doi.org/10.1136/bjsports-2016-097206
  8. Guitart M, Alonso-Callejo A, Rodas G, et al. How do muscle injuries relate to return-to-performance metrics in male elite football players? Biol Sport, 2026;43:165-175. doi.org/10.5114/biolsport.2026.153532
  9. Bahr R, Clarsen B, Derman W, et al. International Olympic Committee consensus statement: methods for recording and reporting of epidemiological data on injury and illness in sport 2020 (including STROBE Extension for Sport Injury and Illness Surveillance (STROBE-SIIS)). Br J Sports Med, 2020;54(7):372-389. doi.org/10.1136/bjsports-2019-101969
  10. Impellizzeri FM, Tenan MS, Kempton T, Novak A, Coutts AJ. Acute:chronic workload ratio: conceptual issues and fundamental pitfalls. Int J Sports Physiol Perform, 2020;15(6):907-913. doi.org/10.1123/ijspp.2019-0864

Références vérifiées sur PubMed. Les chiffres cités viennent des résumés et, quand il est en accès libre, du texte intégral.