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Kiné de Club

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Retour au jeu : une décision médicale qui se construit à plusieurs

Jeudi soir. L’entraîneur veut savoir si son attaquant jouera samedi. Le joueur dit qu’il se sent bien. Le médecin attend vos mesures. Chacun a une bonne raison de demander, et chacun a sa part de la décision.

Par Nicolas Rossi, masseur-kinésithérapeute diplômé d’État, neuf saisons en club de football. Publié le 3 octobre 2026. Lecture : 3 min.

Ce qui se joue pour l’équipe

L’entraîneur n’insiste pas par caprice. Sur 11 saisons et 24 équipes européennes, moins de jours perdus par blessure et une meilleure disponibilité des joueurs allaient avec un meilleur classement en championnat et plus de points par match (Hägglund et al., 2013).

Le joueur pousse aussi. Les sportifs de haut niveau cherchent à s’entraîner et à jouer même blessés ou malades, par motivation personnelle ou sous la pression de l’entraîneur et de l’équipe (Dijkstra et al., 2014).

Un cadre pour décider : la santé, le risque, le contexte

Creighton, Shrier et leurs collègues découpent la décision en trois étapes (Creighton et al., 2010). D’abord l’état de santé du joueur : où en est la cicatrisation. Puis le risque de la participation, qui dépend aussi du sport et du poste. Enfin, les éléments qui modifient la décision.

Chacun n’accepte pas le même niveau de risque, et ce seuil change avec le contexte. Un match décisif ne pèse pas comme un match amical.

En 2015, Shrier a révisé ce modèle sous le nom de StARRT : évaluation stratégique du risque et de la tolérance au risque (Shrier, 2015). Son constat : quand le raisonnement reste implicite, des conflits inutiles naissent entre soignants, ou entre soignants et sportif. Et ces conflits peuvent nuire à la santé du sportif.

En 2011, le sujet restait peu étudié : sur 148 articles qui parlaient de retour au jeu, 13 seulement portaient sur la façon de décider (Matheson et al., 2011).

Décider ensemble

Le consensus de Berne recommande une décision partagée entre tous les acteurs, sauf en cas de risque pour la santé du sportif (Ardern et al., 2016). Pour les ischio-jambiers, les experts de la FIFA citent cinq personnes à consulter : le joueur, le médecin du sport, le kiné, le préparateur physique et l’entraîneur (van der Horst et al., 2017).

Partager la décision ne veut pas dire la diluer. Le médecin décide, le kiné éclaire, le joueur y est associé. L’entraîneur est consulté, et reçoit, avec l’accord du joueur, l’information dont il a besoin.

Communication et blessures vont ensemble

Dans 36 clubs d’élite de 17 pays européens, les staffs médicaux ont noté la qualité de leur communication avec l’entraîneur (Ekstrand et al., 2019). Là où elle était jugée mauvaise, les jours perdus par blessure et les blessures graves étaient plus nombreux. La présence à l’entraînement était plus faible, 76 % contre 83 %, et la disponibilité en match aussi, 82 % contre 88 %.

Le style de l’entraîneur compte aussi. Là où il partage une vision claire, soutient son staff et encourage ses joueurs, les blessures graves sont moins fréquentes (Ekstrand et al., 2018). Le lien reste modeste : ce style n’explique que 6 % des écarts.

Ce sont des corrélations, à partir de ce que déclarent les staffs médicaux eux-mêmes. Elles ne prouvent pas qu’une meilleure communication évite des blessures. Elles montrent que les deux vont ensemble.

La place du kiné

Le kiné mesure, interprète et traduit : des critères pour le médecin, des repères pour le joueur, une information utile pour l’entraîneur, avec l’accord du joueur.

  • Annoncer dès le début ce qui sera mesuré, et quand.
  • Écrire l’avis de reprise : critères validés, critères manquants, risque qui reste.
  • Dire à l’entraîneur ce dont il a besoin pour planifier, avec l’accord du joueur, et rien de plus.
  • Demander au joueur s’il se sent prêt, et l’écrire aussi.

Le jeudi soir, la question de l’entraîneur a alors une réponse claire, et chacun sait sur quoi elle repose.

Sources

  1. Hägglund M, Waldén M, Magnusson H, Kristenson K, Bengtsson H, Ekstrand J. Injuries affect team performance negatively in professional football: an 11-year follow-up of the UEFA Champions League injury study. Br J Sports Med, 2013;47(12):738-42. doi.org/10.1136/bjsports-2013-092215
  2. Dijkstra HP, Pollock N, Chakraverty R, Alonso JM. Managing the health of the elite athlete: a new integrated performance health management and coaching model. Br J Sports Med, 2014;48(7):523-31. doi.org/10.1136/bjsports-2013-093222
  3. Creighton DW, Shrier I, Shultz R, Meeuwisse WH, Matheson GO. Return-to-play in sport: a decision-based model. Clin J Sport Med, 2010;20(5):379-85. doi.org/10.1097/JSM.0b013e3181f3c0fe
  4. Shrier I. Strategic Assessment of Risk and Risk Tolerance (StARRT) framework for return-to-play decision-making. Br J Sports Med, 2015;49(20):1311-5. doi.org/10.1136/bjsports-2014-094569
  5. Matheson GO, Shultz R, Bido J, Mitten MJ, Meeuwisse WH, Shrier I. Return-to-play decisions: are they the team physician’s responsibility? Clin J Sport Med, 2011;21(1):25-30. doi.org/10.1097/JSM.0b013e3182095f92
  6. Ardern CL, Glasgow P, Schneiders A, et al. 2016 Consensus statement on return to sport from the First World Congress in Sports Physical Therapy, Bern. Br J Sports Med, 2016;50(14):853-64. doi.org/10.1136/bjsports-2016-096278
  7. van der Horst N, Backx FJG, Goedhart EA, Huisstede BMA, et al. Return to play after hamstring injuries in football (soccer): a worldwide Delphi procedure regarding definition, medical criteria and decision-making. Br J Sports Med, 2017;51(22):1583-1591. doi.org/10.1136/bjsports-2016-097206
  8. Ekstrand J, Lundqvist D, Davison M, D’Hooghe M, Pensgaard AM. Communication quality between the medical team and the head coach/manager is associated with injury burden and player availability in elite football clubs. Br J Sports Med, 2019;53(5):304-308. doi.org/10.1136/bjsports-2018-099411
  9. Ekstrand J, Lundqvist D, Lagerbäck L, Vouillamoz M, Papadimitiou N, Karlsson J. Is there a correlation between coaches’ leadership styles and injuries in elite football teams? A study of 36 elite teams in 17 countries. Br J Sports Med, 2018;52(8):527-531. doi.org/10.1136/bjsports-2017-098001

Références vérifiées sur PubMed. Les chiffres cités viennent des résumés et, quand il est en accès libre, du texte intégral.