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Ischio-jambiers en football : les critères du retour au jeu

Sur un sprint, l’attaquant porte la main derrière la cuisse et s’arrête net. Dès le lendemain, tout le monde vous pose la même question : quand pourra-t-il rejouer ?

Par Nicolas Rossi, masseur-kinésithérapeute diplômé d’État, neuf saisons en club de football. Publié le 3 octobre 2026. Lecture : 4 min.

La blessure musculaire la plus fréquente du football

Dans le football professionnel masculin européen, les ischio-jambiers représentaient 12 % des blessures en 2001-2002. Ils en représentaient 24 % en 2021-2022 (Ekstrand et al., 2023). Sur la même période, leur part des jours d’absence est passée de 10 % à 20 %.

Entre 2014-2015 et 2021-2022, leur fréquence a augmenté à l’entraînement, de 6,7 % par an, comme en match, de 3,9 % par an.

Une équipe de 25 joueurs peut s’attendre à environ 15 blessures musculaires par saison, et 37 % d’entre elles touchent les ischio-jambiers (Ekstrand et al., 2011). 16 % des blessures musculaires sont des récidives. Elles éloignent le joueur plus longtemps que la première blessure.

Ce que veut dire « retour au jeu »

58 experts, désignés par 28 centres médicaux d’excellence de la FIFA, se sont accordés sur une définition (van der Horst et al., 2017). Le retour au jeu est le moment où le joueur a reçu un feu vert médical fondé sur des critères, et où il est prêt mentalement à être pleinement disponible pour un match ou l’entraînement complet.

Deux conditions, donc : des critères mesurés, et un joueur prêt dans sa tête.

Sept critères pour décider

Les mêmes experts ont retenu sept critères pour appuyer la décision :

  • le feu vert du staff médical ;
  • aucune douleur à la palpation ;
  • aucune douleur aux tests de force et de souplesse ;
  • aucune douleur pendant et après les tests fonctionnels ;
  • une souplesse des ischio-jambiers comparable ;
  • la performance aux tests sur le terrain ;
  • la préparation psychologique.

Ils recommandent une décision partagée, prise en consultant le joueur, le médecin du sport, le kiné, le préparateur physique et l’entraîneur.

La rééducation change la durée d’absence

En Suède, 75 joueurs de l’élite avec une lésion confirmée à l’IRM ont été répartis au hasard entre deux programmes (Askling et al., 2013). Avec des exercices en allongement, le retour à l’entraînement collectif a pris en moyenne 28 jours. Avec des exercices classiques, 51 jours.

Les lésions survenues en étirement ont demandé plus de temps que celles survenues en sprint : 43 jours contre 23 avec les exercices en allongement. Une seule récidive a été relevée dans l’année qui a suivi, dans le groupe classique.

Faut-il attendre que chaque exercice soit indolore ? Chez 43 hommes, une rééducation menée jusqu’au seuil de la douleur n’a pas changé le délai de retour : 17 jours en médiane, contre 15 sans douleur, une différence non significative (Hickey et al., 2020). Mais elle a mieux restauré la force des fléchisseurs du genou : 15 % de plus au moment du feu vert.

Prévenir avec le Nordic

Chez des footballeurs amateurs, 25 séances de Nordic en 13 semaines ont réduit le taux de lésions des ischio-jambiers : 0,25 contre 0,8 pour 1 000 heures de football (van der Horst et al., 2015). Les joueurs ont suivi 91 % du programme. En revanche, la gravité des lésions n’a pas changé.

Sur 15 études et 8 459 sportifs, les programmes qui incluent le Nordic divisent par deux environ le taux de lésions des ischio-jambiers, avec un rapport de risque de 0,49 (van Dyk et al., 2019).

Ces deux études portent sur la prévention en général, pas seulement après une première lésion.

Ce que ces études ne disent pas

Le consensus de 2017 est un avis d’experts, pas un essai : il dit ce que les spécialistes recommandent, pas ce qui a été prouvé. Les essais de rééducation comptent quelques dizaines de joueurs, et les chiffres de fréquence viennent du football professionnel masculin. Ils ne valent pas tels quels pour une joueuse ou pour un club de district.

Sur le terrain

  • Définir avec le staff ce que veut dire « retour au jeu » avant d’en fixer la date.
  • Passer les sept critères en revue, la préparation psychologique comprise.
  • Donner une place aux exercices en allongement dans la rééducation.
  • Ne pas confondre absence de douleur et force retrouvée : mesurer la force.
  • Intégrer le Nordic aux programmes de prévention de l’équipe.

Et poser la question simplement au joueur : se sent-il prêt à sprinter à fond ? Le consensus place sa réponse au même rang que les tests.

Sources

  1. Ekstrand J, Bengtsson H, Waldén M, Davison M, Khan KM, Hägglund M. Hamstring injury rates have increased during recent seasons and now constitute 24% of all injuries in men’s professional football: the UEFA Elite Club Injury Study from 2001/02 to 2021/22. Br J Sports Med, 2023;57(5):292-298. doi.org/10.1136/bjsports-2021-105407
  2. Ekstrand J, Hägglund M, Waldén M. Epidemiology of muscle injuries in professional football (soccer). Am J Sports Med, 2011;39(6):1226-32. doi.org/10.1177/0363546510395879
  3. van der Horst N, Backx FJG, Goedhart EA, Huisstede BMA, et al. Return to play after hamstring injuries in football (soccer): a worldwide Delphi procedure regarding definition, medical criteria and decision-making. Br J Sports Med, 2017;51(22):1583-1591. doi.org/10.1136/bjsports-2016-097206
  4. Askling CM, Tengvar M, Thorstensson A. Acute hamstring injuries in Swedish elite football: a prospective randomised controlled clinical trial comparing two rehabilitation protocols. Br J Sports Med, 2013;47(15):953-9. doi.org/10.1136/bjsports-2013-092165
  5. Hickey JT, Timmins RG, Maniar N, et al. Pain-free versus pain-threshold rehabilitation following acute hamstring strain injury: a randomized controlled trial. J Orthop Sports Phys Ther, 2020;50(2):91-103. doi.org/10.2519/jospt.2020.8895
  6. van der Horst N, Smits DW, Petersen J, Goedhart EA, Backx FJG. The preventive effect of the nordic hamstring exercise on hamstring injuries in amateur soccer players: a randomized controlled trial. Am J Sports Med, 2015;43(6):1316-23. doi.org/10.1177/0363546515574057
  7. van Dyk N, Behan FP, Whiteley R. Including the Nordic hamstring exercise in injury prevention programmes halves the rate of hamstring injuries: a systematic review and meta-analysis of 8459 athletes. Br J Sports Med, 2019;53(21):1362-1370. doi.org/10.1136/bjsports-2018-100045

Références vérifiées sur PubMed. Les chiffres cités viennent des résumés et, quand il est en accès libre, du texte intégral.